Le conflit dans cette région du Soudan a fait 1,8 million de déplacés.
L'Unicef a décidé d'intervenir sur l'eau et la santé.
Mais seul 40% des fonds sont disponibles ! Il en manque 60 % !! De plus, l'insécurité empêche l'accès à 400 000 personnes. Le point sur cette urgence avec le représentant de l'Unicef au Soudan, Ted Chaiban.
L'Unicef a estimé ses besoins pour 2006 au Darfour à 89 millions de dollars (soit 69,5 millions d'euros). De quelle proportion dispose-t-on actuellement ?
Le manque de fonds représente problème principal, avec l'insécurité.
L'aide nécessaire ne peut pas être fournie sans ces fonds.
Selon les normes internationales, il faudrait 20 litres d'eau par personne et par jour.
C'est le cas dans les camps où le personnel peut travailler, mais cela n'est pas possible partout à cause de l'insécurité.
Cela dit, le chiffre de 40% représente déjà un progrès par rapport au mois de juin, où seul 20% était pourvu.
Le manque d'eau est-il à l'origine de l'épidémie de choléra qui touche la région actuellement ?
C'est un élément important mais ce n'est pas le facteur déclencheur. Le choléra est endémique dans tout le nord du Soudan, pas seulement au Darfour. Il y a deux semaines, on comptait 5500 cas sur tout le pays, avec un taux de mortalité de 3,3%. Dans l'Est et à Khartoum, l'épidémie décroît.
Pas encore au Darfour. Il est d'autant plus difficile d'agir que le personnel technique soudanais n'ose plus intervenir auprès des personnes. Ce personnel a été accusé par les déplacés de chercher à empoisonner l'eau (un enfant était mort de diarrhée).
Trois membres de ce personnel ont été battus à mort.
Trois autres personnes ont été sauvées in extremis.
Avec quelles autorités l'Unicef parvient-il à travailler au Darfour ?
Au Soudan, trois Etats constituent le Darfour : le Nord, l'Ouest et le Sud. Nous avons l'habitude de travailler avec les instances techniques de ces trois Etats.
Nous négocions aussi avec plusieurs mouvements pour accéder aux zones rebelles. Et puis bien sûr nous travaillons avec nos partenaires des Nations unies et avec plusieurs ONG.
Le manque de sécurité aujourd'hui pourrait-il contraindre l'Unicef à quitter le Darfour ?
A l'heure actuelle il n'en est pas question. Ma conviction est que sur ce genre de terrain, il faut s'installer dans la durée pour être efficaces. Mais le fait est que la situation est dangereuse. L'Onu comptabilise 12 personnels humanitaires tués depuis début 2006, la plupart au cours des deux derniers mois. Depuis octobre 2005 (la meilleure période), nous avons perdu l'accès à 400 000 personnes.
Un accord de paix a été signé en mai 2006 entre Khartoum et une des factions rebelles, mais d'autres factions l'ont rejeté.
Au Nord Darfour, les combats rendent l'accès aux personnes très difficile.
Au Sud, le processus de paix semble plus avancé.
A l'Ouest, nous sommes en face d'un climat d'insécurité. Négocier l'accès aux populations, pour nous ou pour nos partenaires fait partie de notre quotidien.
Nous sommes prêts à intervenir par route, par avion, en hélico. Il en va de l'approvisionnement en eau, des services et des soins de santé.
La réalisation de la campagne de vaccination que nous menons contre la polio et la rougeole est fonction de l'accès aux enfants. Selon Médecins sans Frontières, 20% des enfants ont pu être vaccinés.